L’essentiel à retenir

  • Pour déclarer un logement insalubre, signalez la situation par écrit à la mairie ou à l’ARS.
  • Le préfet seul signe l’arrêté d’insalubrité, après inspection et rapport de l’ARS.
  • Le propriétaire doit réaliser les travaux prescrits ou reloger le locataire à ses frais.
  • En cas de non-exécution, l’État réalise les travaux et en réclame le remboursement au propriétaire.

Pour déclarer un logement insalubre, le locataire — ou toute personne concernée — adresse un signalement écrit à la mairie ou à l’Agence Régionale de Santé (ARS). Une inspection est ensuite diligentée par les autorités compétentes, qui rendent un rapport déclenchant, si les critères sont réunis, un arrêté préfectoral d’insalubrité. Cette procédure oblige le propriétaire à réaliser des travaux ou, dans les cas les plus graves, entraîne l’interdiction définitive d’habiter le logement.

Qu’est-ce qu’un logement insalubre ?

Un logement insalubre est un bien immobilier qui présente un danger réel et avéré pour la santé ou la sécurité de ses occupants. La loi encadre précisément cette notion : un logement est déclaré insalubre lorsqu’il constitue un danger pour la santé des personnes qui l’habitent, que ce danger soit lié à son état intrinsèque ou à ses conditions d’occupation.

La notion de décence et l’insalubrité sont deux choses bien distinctes. Un logement non décent ne respecte pas certaines normes minimales fixées par décret, mais un logement insalubre va plus loin : il met directement en cause la santé des occupants. L’humidité persistante, les moisissures massives, l’absence de chauffage en hiver, la présence de plomb ou d’amiante, les installations électriques dangereuses — autant de signaux qui conduisent à une déclaration d’insalubrité.

En 2026, les pouvoirs publics renforcent leurs dispositifs de lutte contre l’habitat indigne, notamment via le programme « Logement d’abord » et les Plans Locaux d’Habitat. Face à une crise du logement qui fragilise de nombreux ménages, la procédure d’insalubrité reste un outil de protection puissant pour les locataires les plus vulnérables.

Qui peut prendre des mesures pour remédier à une situation d’insalubrité ?

C’est le préfet qui détient le pouvoir central en matière d’insalubrité. Sur rapport motivé du directeur général de l’ARS, il signe l’arrêté de traitement d’insalubrité. Dans certains cas, le maire intervient en urgence via la procédure de péril imminent pour des risques immédiats sur la sécurité des habitants, mais l’insalubrité au sens strict relève du pouvoir préfectoral.

Le propriétaire du logement a, lui aussi, un rôle central : c’est à lui que l’arrêté est adressé. Il doit réaliser les travaux prescrits dans les délais impartis ou procéder à la démolition du bien si l’insalubrité est déclarée irrémédiable. En cas de défaillance, la collectivité publique se substitue à lui et effectue les travaux à ses frais, avant d’en réclamer le remboursement.

Le locataire n’est pas passif dans cette procédure. Il a le droit de signaler la situation, de solliciter l’inspection et de défendre ses droits tout au long de la démarche. Le recours à un avocat spécialisé ou à une association de défense des locataires est recommandé dès que la situation s’enlise, sans attendre des mois supplémentaires de dégradation.

Comment déclarer un logement insalubre : le guide étape par étape

La démarche est accessible à tous, même sans connaissances juridiques préalables. Le point de départ reste toujours la constitution d’un dossier solide, documenté et daté, avant toute démarche officielle. Chaque pièce du dossier compte pour convaincre l’inspecteur de l’ARS d’intervenir rapidement et de manière décisive.

  1. Rassembler les preuves : photos datées, courriers envoyés au propriétaire, témoignages de voisins, rapports de professionnels (plombier, électricien). Conservez absolument tout, même les échanges de messages.
  2. Informer le propriétaire par écrit : envoyez une lettre recommandée avec accusé de réception décrivant précisément les désordres. Une mise en demeure préalable renforce considérablement votre position dans la procédure.
  3. Signaler à la mairie ou à l’ARS : adressez un courrier écrit au service hygiène et salubrité de votre mairie ou directement à l’Agence Régionale de Santé de votre département. Le signalement en ligne est également possible sur les plateformes officielles dédiées à l’habitat indigne.
  4. Accompagner l’inspection : un inspecteur de salubrité ou un technicien de l’ARS visite le logement. Soyez présent pour lui montrer tous les désordres. Cette visite est déterminante pour la suite de la procédure.
  5. Rapport et saisine du CODERST : le directeur général de l’ARS établit un rapport motivé. Le Conseil Départemental de l’Environnement et des Risques Sanitaires et Technologiques est consulté pour rendre un avis avant l’arrêté.
  6. Arrêté préfectoral d’insalubrité : si le rapport conclut à l’insalubrité, le préfet prend un arrêté de traitement. Cet arrêté est notifié au propriétaire, affiché en mairie et transmis au locataire concerné.
  7. Suivi de l’exécution des travaux : les services de l’État vérifient que les travaux sont réalisés dans le délai imparti. Le locataire relance les services en cas de non-exécution visible ou de travaux insuffisants.
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L’ensemble de cette procédure s’étend souvent sur plusieurs mois. Ne relâchez pas la vigilance et gardez une copie de chaque échange avec l’administration et le propriétaire pendant toute la durée de la procédure, jusqu’à la levée officielle de l’arrêté.

Quelles mesures sont prescrites par l’arrêté de traitement d’insalubrité ?

L’arrêté préfectoral liste précisément les travaux à réaliser et fixe un délai d’exécution. Selon la gravité de la situation, les mesures varient considérablement. On distingue deux grandes catégories d’insalubrité, avec des conséquences très différentes pour le propriétaire et le locataire.

Type d’insalubrité Définition Mesures prescrites Conséquences pour le locataire
Insalubrité remédiable Les désordres peuvent être corrigés par des travaux Travaux obligatoires dans un délai fixé par l’arrêté Maintien dans le logement ou relogement temporaire aux frais du propriétaire
Insalubrité irrémédiable Les travaux ne suffisent pas à rendre le logement sain Interdiction définitive d’habiter, démolition possible Relogement définitif obligatoire à la charge exclusive du propriétaire

L’arrêté prévoit également des mesures conservatoires d’urgence : mise hors tension d’une installation électrique dangereuse, condamnation d’une pièce présentant un risque immédiat pour la sécurité. Ces mesures s’appliquent dès la notification de l’arrêté, sans attendre l’issue des travaux.

Le propriétaire doit informer le locataire du contenu de l’arrêté dans les meilleurs délais. Le locataire suit lui-même l’avancement des travaux et signale toute non-conformité aux services de l’État. La transparence entre parties accélère souvent la résolution de la situation et évite des procédures judiciaires supplémentaires.

Qui vérifie l’exécution des mesures prescrites par l’arrêté ?

Le suivi de l’exécution des travaux est assuré par les services de l’État, principalement l’ARS et les services municipaux d’hygiène. Concrètement, un contrôle est effectué une fois le délai de l’arrêté expiré : l’inspecteur revient sur place pour constater si les travaux ont bien été réalisés et si le logement répond désormais aux critères de salubrité réglementaires.

Le locataire joue un rôle actif dans ce contrôle : il est le premier à observer la réalité des travaux au quotidien. Si les délais ne sont pas respectés, il saisit à nouveau l’ARS ou la préfecture pour signaler la carence du propriétaire. Un simple courrier recommandé suffit pour relancer la procédure de contrôle officielle.

Les opérateurs mandatés par les collectivités locales, comme les ORCOD (Opérateurs de Requalification des Copropriétés Dégradées) ou les bureaux d’études spécialisés en habitat indigne, interviennent pour accompagner le suivi dans les situations les plus complexes. Ces acteurs disposent d’une expertise technique et juridique précieuse que les locataires isolés n’ont pas toujours les moyens de mobiliser seuls.

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Quelles sont les conséquences en cas de non-exécution des mesures prescrites ?

Si le propriétaire ne réalise pas les travaux dans le délai imparti par l’arrêté, la situation bascule dans un régime de sanctions progressives. L’État dispose de moyens coercitifs forts pour faire respecter l’arrêté, et les conséquences pour un propriétaire défaillant sont sérieuses et durables.

  • Le préfet ordonne la réalisation d’office des travaux aux frais du propriétaire, avec recouvrement de la créance de l’État sur le bien immobilier.
  • Des astreintes journalières sont prononcées jusqu’à l’exécution complète des mesures prescrites par l’arrêté.
  • Le propriétaire s’expose à des poursuites pénales pour mise en danger de la vie d’autrui ou pour violation délibérée de l’obligation de sécurité.
  • La vente du logement reste bloquée tant que l’arrêté d’insalubrité n’est pas levé officiellement.

Le propriétaire ne peut pas non plus percevoir de loyer pendant la période couverte par un arrêté d’insalubrité irrémédiable. Les loyers indûment perçus doivent être remboursés au locataire. Cette suspension automatique du loyer est effective dès la notification de l’arrêté, sans nécessiter une action judiciaire préalable du locataire.

Le locataire qui se retrouve dans cette situation dispose d’un levier puissant. Face à un propriétaire qui tarde à agir, il saisit le tribunal judiciaire en référé pour obtenir des mesures d’urgence. La procédure administrative et la voie judiciaire se combinent efficacement quand la situation l’exige, sans que l’une bloque l’autre.

Quel est le sort des logements loués sous arrêté de traitement d’insalubrité ?

Dès la notification de l’arrêté, le bail est profondément affecté. En cas d’insalubrité irrémédiable, le propriétaire assure le relogement définitif du locataire dans un logement correspondant à ses besoins, situé dans un périmètre géographique raisonnable — aux frais exclusifs du propriétaire.

En cas d’insalubrité remédiable nécessitant l’évacuation temporaire, le propriétaire prend en charge l’hébergement provisoire pendant toute la durée du chantier. Le bail est suspendu le temps des travaux, puis reprend à l’issue si le logement est rendu conforme aux normes de salubrité en vigueur.

Le locataire a, dans tous les cas, le droit de rester dans le logement jusqu’à ce qu’un relogement lui soit proposé dans des conditions décentes. Il ne peut pas être expulsé sans solution de relogement sous prétexte de l’arrêté d’insalubrité. Les ménages les plus fragiles, notamment ceux bénéficiant de l’AAH, peuvent être confrontés à des impacts sur leurs aides lors d’un changement de logement : nous les détaillons dans notre article sur l’AAH et logement gratuit.

Pour les ménages déplacés durablement et contraints de chercher un nouveau logement social, les démarches restent complexes. La commission d’attribution logement rang 2 représente une piste à explorer en 2026 pour les ménages prioritaires issus de situations d’habitat indigne avérées.

Qui peut m’aider dans cette démarche ?

Face à un logement insalubre, plusieurs structures spécialisées vous accompagnent gratuitement ou à faible coût. Savoir à qui s’adresser selon votre situation accélère considérablement la résolution de la procédure et limite les risques d’enlisement administratif.

  • L’Agence Régionale de Santé (ARS) : point d’entrée principal pour signaler l’insalubrité et déclencher l’inspection officielle du logement.
  • Le service hygiène de la mairie : compétent pour les logements insalubres et les risques de péril au sein de la commune, avec des délais d’intervention souvent plus courts.
  • L’ADIL (Agence Départementale d’Information sur le Logement) : conseils juridiques gratuits sur vos droits de locataire ou de propriétaire face à une situation d’insalubrité.
  • Les associations de défense des locataires : CNL, CLCV — elles accompagnent les démarches et, si nécessaire, engagent une procédure judiciaire aux côtés du locataire.
  • Le tribunal judiciaire : si le propriétaire refuse d’agir et que la procédure administrative s’avère trop lente, une action en référé permet d’obtenir des mesures rapides et contraignantes.
  • La préfecture : interlocuteur final pour la signature de l’arrêté et le suivi de son exécution jusqu’à la levée officielle de la déclaration d’insalubrité.
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Ne restez pas seul face à cette situation. Sollicitez plusieurs acteurs en parallèle : la procédure administrative et la voie judiciaire ne s’excluent pas mutuellement. Plus votre dossier est solide et documenté, plus vous avez de chances d’obtenir une réponse rapide et efficace des autorités compétentes.

Pour les situations les plus bloquées — notamment dans les zones rurales ou en copropriété dégradée — le recours à un avocat spécialisé en droit immobilier reste souvent la solution la plus directe pour débloquer une procédure qui s’étire en longueur malgré les démarches administratives répétées.

Textes de loi et cadre juridique de l’insalubrité

La procédure de déclaration d’insalubrité est encadrée par plusieurs textes fondamentaux. Le Code de la santé publique (articles L.1331-22 et suivants) définit l’insalubrité et organise les pouvoirs du préfet. La loi SRU de 2000 a renforcé la lutte contre l’habitat indigne, et la loi ALUR de 2014 a précisé les obligations de relogement à la charge du propriétaire.

La loi ELAN de 2018 a encore renforcé le dispositif, notamment en alourdissant les sanctions contre les propriétaires indélicats et en accélérant les procédures pour les cas d’urgence. En 2026, ces textes s’appliquent toujours, complétés par des décrets précisant les modalités d’inspection et les délais imposés aux propriétaires défaillants.

Le décret du 30 janvier 2002 reste la référence pour les critères de décence du logement, distinct mais complémentaire au régime de l’insalubrité. Savoir faire la différence entre non-décence et insalubrité est fondamental pour orienter votre démarche vers le bon interlocuteur et obtenir une réponse adaptée à votre situation réelle.

Questions fréquentes

Qui peut attester de l’insalubrité d’un logement ?

L’attestation officielle d’insalubrité relève uniquement des autorités compétentes : le directeur général de l’Agence Régionale de Santé établit le rapport motivé, et c’est le préfet qui signe l’arrêté officiel. Un particulier, un locataire ou un expert privé ne peut pas légalement attester l’insalubrité au sens du Code de la santé publique. En revanche, des constats d’huissier, des rapports d’experts techniques ou des témoignages de professionnels (électricien, plombier, diagnostiqueur) constituent des preuves précieuses pour étayer un signalement et convaincre les inspecteurs de l’ARS d’intervenir rapidement. C’est la qualité du dossier constitué qui fait souvent la différence dans les délais d’instruction.

Quelles sont les 4 formes d’insalubrité ?

On distingue quatre grandes formes d’insalubrité reconnues par la réglementation. La première est l’insalubrité intrinsèque, liée à l’état même du bâti : structure défaillante, infiltrations massives, absence de ventilation adéquate. La deuxième est l’insalubrité due aux conditions d’occupation, notamment la suroccupation manifeste qui génère des risques sanitaires graves pour l’ensemble des habitants. La troisième correspond à l’insalubrité ponctuelle sur certaines parties du logement : une installation électrique vétuste, une pièce envahie par l’humidité, un système de chauffage défaillant. La quatrième est l’insalubrité irrémédiable, lorsque les travaux ne permettent pas de rendre le logement sain, entraînant une interdiction définitive d’habiter.

Quels sont les critères pour déclarer un logement insalubre ?

Un logement est déclaré insalubre lorsqu’il présente un danger avéré pour la santé ou la sécurité de ses occupants. Les critères examinés par l’inspecteur de l’ARS sont multiples : état de la toiture et de la charpente, étanchéité des murs et des fenêtres, présence d’humidité ou de moisissures importantes, état des installations électriques et de gaz, système de chauffage, exposition au plomb ou à l’amiante, ventilation et éclairage naturel suffisants, état des sanitaires et des réseaux d’eau. Un seul critère grave suffit à déclencher la procédure d’insalubrité. L’inspecteur s’appuie sur une grille d’évaluation réglementaire pour pondérer ces éléments et rendre son rapport motivé au directeur général de l’ARS.

Comment faire intervenir le service d’hygiène dans un appartement ?

Pour faire intervenir le service d’hygiène, adressez un courrier recommandé avec accusé de réception au service hygiène et salubrité de votre mairie, en décrivant précisément les désordres constatés et en joignant vos preuves (photos datées, courriers au propriétaire, témoignages). Vous vous rendez directement au guichet de la mairie ou envoyez un signalement via les plateformes numériques officielles dédiées à l’habitat indigne. Le service municipal doit accuser réception de votre demande et vous informer des suites données dans un délai raisonnable. En cas d’absence de réponse, relancez par courrier et envisagez un signalement simultané à l’ARS de votre département pour accélérer le traitement du dossier et éviter que la situation de santé ne se dégrade davantage.

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